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Les plantes messicoles
ruderale melli

 

Sommaire-Les_plantes_messicoles

.....messicoloDéfinition : Qu'est ce qu'une plante messicole?

Une plante messicole est une plante qui littéralement “habite dans les champs” (du latin Messis : "moissons" et Colerer : "habiter"). Elles sont liées aux moissons et donc commensales des champs de céréales principalement. Il s'agit de plantes biologiquement adaptées aux milieux ouverts et surtout régulièrement perturbés que sont les champs. Elles forment une classe à part parmi les "mauvaises-herbes" : ce sont les spécialistes dans la conquête et le squat des terres cultivées. Certaines sont même plus particulièrement fidèles à certaines cultures en particulier : Colza, Blé d'hiver, blé de printemps, betteraves...

Bleuet et camomilles
Coquelicots des champs

On les appel communément les "fleurs des champs" : Coquelicot, Bleuet, Nielles des blés, Camomilles, Chrysanthème des moissons...

Dans la nomenclature binominale en botanique, on reconnaît souvent une plante messicole au nom latin de son espèce qui est très souvent “arvensis” ou "arvense" ce qui signifie "qui pousse, qui vie dans les champs et les terres agricoles" (en Latin Arvum = "le champ, la terre cultivée" )
Exemples : Calendula arvensis, Melampyrum arvense, Sinapis arvensis, Viola arvensis...

Le Coquelicots des champs (Papaver rhoeas) est une plante typiquement messicole, certainement l'une des plus connues.
Photo : Cabane de Tellus

.....messicoloAux origines retourRetour
Bleuet(maredret.bearchivesjourapresjour_2008)
Le Bleuet des champs (Centaurea Cyanus)
un autre exemple typique de plante messicole.
Photo© Yves Van Cranenbroeck :
www.maredret.be

Les plantes messicoles, ainsi que de façon plus générale les plantes commensales des cultures, sont pour la plupart, des descendantes d'anciennes espèces rudérales ou thérophytes, qui ont côtoyé les humaines et ont co-évolué avec les espèces cultivées depuis les débuts de l'agriculture au néolithique.

On accuse souvent les plantes messicoles et autres adventices d'avoir pénétré illégalement dans nos terres, comme autant d’envahisseurs inopportuns et profiteurs! Pourtant elles sont comme une grande majorité des plantes qui nous entourent : le fruit de nombreuses migrations et d'échanges successifs depuis la préhistoire et jusqu'à plus récemment, suivant les activités et les cultures des hommes. Parfois, elles furent même introduites volontairement comme le Bleuet des champs par exemple, cultivé au début du Moyen-Âge pour ses qualités médicinales et ornementales

Ce sont donc les humains qui ont le plus souvent involontairement favorisé ou même provoqué l'apparition de ces espèces aux fils des millénaires, désormais adventices. Il peut s'agir également d'anciennes espèces autrefois domestiquées, puis délaissées, qui perdurent dans un milieu auxquelles elles ce sont adaptées.

fleurs_des_champs
Espèces compagnes des plantes cultivées depuis des millénaires,
les "fleurs des champs"font partie de notre patrimoine naturel et traditionnel :
Coquelicots, Bleuets, Nielles des blés, Pied d'alouette et Camomilles

En Europe, On peut distinguer plusieurs catégories de flores suivant leurs origines géographiques lointaines et les époques auxquelles elles ont intégré les écosystèmes en place.

  • La flore native :
    Rescapée de l'Europe post-glacière, concerne finalement relativement peu de plantes : principalement des végétaux alpins ou forestiers. La forêt d'arbres caducs étant le milieu dominant d'origine.
Origines des floresCi-dessus : Représentation schématique des grandes migrations, à la fois dans le temps et l'espace, à l'origine de la flore européenne actuelle.
Photo : Cabane de Tellus
  • Les archéophytes :
    Arrivées avec l'agriculture dès la préhistoire, ces végétaux sont originaires du "Croissant-fertile", une zone du Moyen-Orient berceau de l'agriculture occidentale d'où provient nos principales cultures : Céréales, vignes, arbres fruitiers... De part leur ancienneté ces espèces ont eut le temps de bien s'adapter aux écosystème locaux. Les plantes messicoles sont en très grande majorité des archéophytes.

  • Les néophytes :
    Ce sont des plantes commensales et adventices des cultures, originaires principalement des autres grands berceaux de l'agriculture de part le monde. Arrivées plus récemment, après la découverte des Amériques et l'accélération des échanges commerciaux, certaines se sont bien adaptées en Europe. D'autres introduites plus récemment encore, ont parfois un comportement invasif.

De part le monde, la flore est donc le résultat de multiples échanges entre les berceaux originels des plantes et les flux de migratoires. Chaque flèche du schéma fonctionnant évidemment dans les deux sens, voilà comment certains végétaux sont devenus cosmopolites.
Voir aussi : La Foire Aux Question : "Sciences et environnement"


.....messicoloLes stratégies messicoles retourRetour

Les plantes messicoles, sous la très forte pression de sélection qui s'applique dans un champ, disposent de plusieurs atouts de survie qu'elles ont acquit durant les millénaires d'évolution agricole :

• Leur cycle biologique (germination, croissance, floraison, fructification) est rapide et adapté aux cycles des récoltes : travail du sol, semis, moissons.
• Elles possèdent des morphologies adaptées à la vie dans les champs (port dressé ou volubile, mimétisme avec les céréales...)
• Elles produisent de grosses quantités de semences pour pallier une mortalité élevée.

Graines de Nielle des blés

Ci-contre, un exemple subtile de mimétisme : Les graines de Nielle des blés (Agrostemma githago) ont un poid et un calibre proches des grains des anciennes variétés de céréales, ce qui rendait le tri parfois difficile et contaminait les stocks de semences. Photo : Wikipedia.org

Pour se propager et perdurer dans les parcelles, il existe deux méthodes efficaces :
• Les graines ne germent pas toutes la même année, ce qui permet de constituer un stock de réserve dans le sol, et assurer la présence de la plante même après une destruction par l'agriculteur.
• Les semences peuvent "contaminer" les stocks de grains récoltés et être ainsi involontairement semées dans d'autres parcelles en même temps que la plante cultivée.

Coquelicots et bleuets en Côte d'Or

En vivant dans les champs, la plante messicole s'assure ainsi qu'un élément (l'agriculteur) viendra régulièrement perturber le milieu en le maintenant ouvert : travail du sol, semi, fauche, moissons... Ce qui empêche l'apparition de la végétation pérenne qui se développerait au détriment des plantes annuelles.
(Voir : Le Génie végétal : Retour vers le climax)

La plante profite également des soins apportés à la culture (irrigation, fertilisation...) et d'un facteur de dissémination de ses semences (l'homme, encore une fois) qui l'a même répandu d'un continent à l'autre depuis son berceau d'origine, généralement situé au même endroit que la pluart des grandes cultures.
En revanche, il y a un prix à payer : Certaines plantes messicoles sont tellement inféodées aux champs, qu'on ne les trouve quasiment pas en dehors de ce type de milieu. D'où leur vulnérabilité aux armes "anti-mauvaises herbes" : herbicides, labour profond, brûlis...

Ci dessus, dans les régions où l'agriculture est moins intensive, comme ici en Côte d'Or, un terrain en jachère peut devenir un véritable sanctuaire pour fleurs des champs (Bleuets et Coquelicots) Photo : Cabane de Tellus


.....messicoloLes messicoles en danger retourRetour
propagande_herbicides

Depuis quelques années, une menace plane sur les plantes messicoles. Beaucoup d'entre-elles ont régressé d’une manière spectaculaire et inquiétante, certaines sont même menacées de disparition, plus particulièrement dans les régions de grandes cultures.

Les raisons sont simples : l’agriculture moderne, ultra-intensive ne laisse plus de place aux espèces non cultivées. Ces méthodes assez agressives (dites aussi "agriculture conventionnelle") ne sont apparues que depuis les 50 dernières années et ont permis une très forte augmentation des rendements des récoltes, mais certaines ont largement contribué à la disparitions des plantes messicole, et à la diminution drastique de la biodiversité.

Un triste exemple de propagande pour herbicides, avec un papillon aux tendances suicidaires
Image : La Garance Voyageuse

- Labour profond systématique (plus de 20 cm de profondeur), réalisé chaque année et parfois de façon très tardive, particulièrement préjudiciable aux espèces messicoles à germination automnale : Adonis, Bleuet, Nielle
- Utilisation pluriannuelle de divers pesticides à titre préventif ou curatif (dans l’ordre d’abondance d’utilisation : herbicides, insecticides, fongicides, autres). Parfois accumulés dans le sol de façon durable, et qui peuvent également détruire les espèces pollinisatrices indispensables à la reproduction sexuée des plantes.

Champs de blé
Grâce a l'utilisation intensive d'herbicides, les champs sont désormais "propres" et les plantes messicoles vouées à disparaitre...
Photo : wikipedia.org

- Utilisation de certaines nouvelles techniques : Brûlis, ensilage, rotations simplifiées...
- Utilisation redondante (et parfois excessive) d'engrais chimiques, notamment azotés, qui modifie durablement la nature du sol, entraînant la dystrophisation des terres arables, et favorisant les plantes nitrophiles au détriment des autres.

Les herbicides ont chassé les plantes messicoles. Il est grand temps d’agir si nous ne voulons pas que les "fleurs des champs" ne perdurent que sur les anciens tableaux et les cartes postales champêtres.


.....messicoloLes célèbres "fleurs des champs" retourRetour

Pour beaucoup : nostalgiques de la Nature, poètes, peintres, enfants, amateurs de balades champêtres ou simples promeneurs... Les Plantes messicoles sont tout simplement indissociables des paysages des campagnes. Elles bénéficient donc d'une certaine sympathie, au point que certaines d'entre elles sont chargées de symboliques très fortes et ont acquit une véritable renommée auprès d'un public, averti ou non. Demandez autour de vous, beaucoup de personne peuvent au moins citer quelques unes des plus célèbres "fleurs des champs" :

Les_messicoles

Au final, on ne retient souvent que les fleurs les plus voyantes et les plus colorées, mais plus de 300 espèces différentes peuvent être considérées comme "messicoles" (strictes ou facultatives).On pense moins souvent aux nombreuses Graminées qui s'immiscent subtilement dans les cultures, aux plantes de petites tailles que nous ne voyons pas forcément, et aux plantes à fleurs vertes ou discrètes que nous ignorons tout simplement.

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.....messicoloEn savoir plus retourRetour

Le Petit Journal de Tellus n°1 : "La mésaventure des fleurs des champs" (PDF)
La Garance Voyageuses : "Les plantes messicoles : tout un programme!"
Téla-Botanica : "Dossier : Les plantes messicoles"
Le Réseaux messicole :

Des "mauvaises herbes" aux messicole : prendre en compte la biodiversité dans les cultures

Société des Sciences naturelles du Tarn&Garonne : "Les Plantes messicoles du Tarn-&-Garonne"(PDF)
Agriculture et environnement en Languedoc-Roussillon : "Fiche technique n°2 : Les plantes messicoles"
Vienne et Nature : "Sauvons les messicoles"
Le site du magazine "Jeunes Agriculteurs" n°585 :
"De si jolie intruses..."

 

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